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A la conquête de l’économie numérique africaine: interview d’Olivier Labbé

Le 02 10 2017
Quel regard portez-vous sur l’économie numérique et la tech africaines ?

Olivier Labbé : Quand j'avais 25 ans, la Chine était un pays en voie de développement. On voit le chemin parcouru en 25 petites années ! Les promesses sont grandes pour l'Afrique. Tout retard technologique finit par se traduire par de l'innovation, notamment dans le numérique. Les jeunes Africains sont nés avec le téléphone mobile. Et aujourd'hui, plusieurs pays africains sont leaders mondiaux sur le paiement mobile, justement parce que les infrastructures bancaires que nous connaissons ailleurs ne s'y sont jamais vraiment développées. L'Afrique est à la dernière étape avant de passer à la reverse innovation : bientôt elle ne se contentera plus d'adapter des idées développées ailleurs, c'est elle qui créera des innovations qui seront utilisées ensuite par les pays développés.

Quels seront les secteurs susceptibles d'être des moteurs de cette dynamique ?

O. L. : La e-santé, où beaucoup de progrès peuvent être faits, surtout lorsqu'on sait que dans certains pays d'Afrique subsaharienne, on ne compte qu'un médecin spécialiste pour un million d'habitants. L'agriculture, également, et la e-citoyenneté : en France, vous pouvez commander un extrait d'acte de naissance en ligne et le recevoir rapidement, on est encore loin de ces services en Afrique, par exemple. Mais pour que le numérique puisse se développer, les infrastructures doivent être au rendez-vous. Pour cela, il faut deux choses : des tuyaux, qui sont là notamment sur les pays côtiers, et des data centers, où beaucoup reste à faire. C’est justement le rôle de Cap DC.

Comment vous positionnez-vous sur ces marchés ?

O. L. : Historiquement, les Anglo-saxons sont en avance sur le sujet des data centers. Mais ils ont tendance à se focaliser sur leurs marchés, sur leur monde, et à délaisser le reste.  Nous visons des zones où les normes françaises sont en vigueur : l'Afrique francophone est parfaite pour cela. Cap Ingelec a donc démarré en 2015 le déploiement de joint-ventures en Europe du Sud et en Afrique sous la marque Cap DC. Nous en comptons huit à ce jour. Le potentiel est élevé, car si l'Afrique totalise 17 % de la population mondiale, elle ne compte que 1 % des data centers. Il y a cinq ans, on imaginait d'énormes data centers, tous installés dans les pays nordiques, où il est plus facile et moins onéreux de les refroidir. Depuis, cette idée a beaucoup évolué. Aujourd'hui, la vision repose sur ces méga data centers, sur d'autres régionaux, à l'échelle des grandes régions du monde, et d'autres, enfin, au plus proche des besoins et intégrés à l'espace urbain. Ces derniers répondent à deux problématiques : la localisation des données quand elles sont sensibles - par exemple, les données monétaires (et la législation dont elles dépendent), et le temps de latence. Chaque milliseconde est précieuse.

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